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    Qui sont les tueurs ?

    mardi 17 mars 2015

    Qui sont les tueurs ?

    Trois hommes dont deux frères ont assassiné 17 personnes, froidement sans état
    d’âme. Trois hommes totalement déterminés à accomplir ce qu’ils avaient planifié
    avec une minutie presque « professionnelle ».
    Lorsque l’on va s’intéresser à leur profil, à leur histoire on va comme pour
    Mohamed Mehra comme pour Mehdi Nemmouche découvrir l’environnement
    sordide et violent dans lequel s’est déroulée leur enfance leur petite enfance et leur
    adolescence .
    On va découvrir aussi qu’à aucun moment de ce premier parcours de vie, ils n’ont
    rencontré de témoin secourable qui ait pu prendre leur défense ou leur offrir un
    regard ou un appui qui soient humanisants et emphatiques et leur fassent
    comprendre que ce ne sont pas eux mais leur entourage qui est toxique. 1

    Comme ils ne sont pas autorisés à se défendre, ils devront supprimer leur colère et
    leur rage contre leurs parents qui les ont humiliés, qui ont tué leur altruisme et leur
    empathie innés et qui ont insulté leur dignité. La haine que ces enfants vont
    emmagasiner dans une totale solitude va constituer une véritable bombe à
    retardement.

    Ils sortiront cette rage plus tard, en tant qu’adultes sur des boucs émissaires peut-
    être leurs enfants ou bien d’autres adultes notamment par la délinquance ou le
    terrorisme.

    Ils deviendront eux-mêmes les proies faciles du prosélytisme et de l’extrémisme
    qu’il se présente sous un habillage pseudo religieux ou politique. La logique sectaire
    qui est le mode de fonctionnement de ces groupes extrémistes va les prendre au
    piège. Ils vont enfin avoir l’occasion de se sentir importants, puissants, et gratifiés
    par une idéologie qui valorisera leur mépris de la vie et leur désignera leurs futures
    victimes. Ils trouvent enfin une issue à leur haine.
    Ne sommes nous pas en partie responsables d’ avoir laissé ces enfants
    devenir des êtres totalement déshumanisés ?

    Nos responsables politiques veulent une fois de plus charger l’école de
    « transmettre les valeurs de la république et du respect de l’autre ». Alors que c’est
    bien en amont que l’action doit être conduite, là où l’enfant se construit, notamment
    dans son environnement familial.

    En France, les enfants battus, humiliés sont livrés à leur tortionnaire (souvent leurs parents) sans être réellement protégés. Rappelons simplement, ce que tout un chacun refuse de retenir : deux enfants décèdent tous les jours sous les coups de leurs parents d’après une étude de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm) menée par le Dr Anne Tursz et son équipe !

    Notre société fonctionne de manière tout à fait cynique. Les plus faibles sont les
    victimes désignées d’un fonctionnement économique et politique qui valorise le
    chacun pour soi et l’accumulation de richesses. L’indécence affichée d’un système
    qui organise les inégalités et glorifie une logique financière destructrice de l’humain
    et de l’environnement et qui nourrit la désespérance. Quel sens peuvent avoir les
    notions de liberté, d’égalité et de fraternité pour tous ceux et celles qui sont les
    victimes de ce système totalement mortifère ?

    Cette société fonctionne à grande échelle comme une famille où les besoins
    fondamentaux de ses membres les plus fragiles sont méprisés et balayés.
    Comment dans ces conditions vouloir endiguer la fabrique de futurs
    délinquants ou criminels ? Le choix de la répression et du tout sécuritaire ou des leçons d’instruction civique à l’école n’empêcheront pas de nouveaux poseurs de bombes de germer dans cette société bien malade tant que le déni de l’origine de la violence et de la destruction de la vie ne sera pas démasqué.

    « Il y a, en tout massacreur ou terroriste, aussi terrible soit-il et sans aucune
    exception, un enfant qui fut autrefois gravement humilié, et qui, pour survivre, a
    dû totalement nier ses sentiments de complète impuissance. Mais ce déni radical
    de la souffrance endurée a entraîné un vide intérieur, et, chez beaucoup de ces
    êtres, un arrêt du développement de la capacité innée de compassion. Détruire des
    vies humaines, y compris la leur, réduite à l’état de vide, ne leur pose aucun
    problème. » Alice Miller

    le 14 janvier 2015,
    Jean Pierre Thielland

    Voir : Alice Miller Les racines de l’horreur dans le berceau .http://www.alice-miller.com



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