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    Le petit insert qui apparaît en haut à gauche de nos écrans de télévision et les messages des autorités de santé m’ont inspiré la réflexion suivante (vous pouvez diffuser en mentionnant l’origine bien sûr) :

    Prenons soin de nous ! Les "récalcitrants" révèlent nos difficultés à vivre réellement la démocratie.

    L’erreur cachée, mais massive et constante, de tous les messages et de toutes les injonctions à respecter confinement, distanciation sociale et gestes d’hygiène est de s’exprimer sous la forme impérative de... l’impératif ! grammatical en deuxième personne du pluriel : "Restez à la maison !" au coin de certains de nos écrans... Mais immanquablement, même inconsciemment sans doute, le récepteur du message ne peut que se poser la question : mais qui parle ? qui est le sujet de cet impératif ? son autorité est-elle, non seulement légale, mais légitime ? Le donneur d’ordre apparaît ainsi comme se plaçant en surplomb vertical à l’égard du destinataire du message et s’étonne ensuite, naïvement, de l’inévitable résistance qu’il suscite ; laquelle le conforte dans l’illusion qu’il sera plus efficace en renforçant l’injonction, en moralisant les "inconscients", et en brandissant menaces d’amendes voir carrément de prison ! Alors même que la situation sanitaire en prison risque de tourner à la catastrophe et qu’on va se trouver sans doute dans l’obligation de libérer les détenus en courtes ou fins de peine, voire non encore jugés, présumés innocents !

    On retrouve cette perversion hiérarchique anti-démocratique dans tous les replis des systèmes de "communication", profondément intériorisée par le mode patriarcal de l’éducation en famille et par le mode magistral de l’instruction à l’école. La résistance d’une infime minorité à l’infantilisation permanente du plus grand nombre ne fait que mettre en lumière la résignation de ce plus grand nombre à ne pas exercer ses pouvoirs démocratiques : renoncement très paradoxalement "démocratique" puisque majoritaire !

    Certes, les formes que prennent ces résistances, la plupart du temps rapidement impuissantes, peuvent susciter le renforcement répressif qu’elle croient combattre, mais symétriquement, les "forces d’ordre" ne cessent de susciter et de renforcer les oppositions actives ou passives, pacifiques ou violentes, et de créer ce qu’elle prétendent combattre. Le "crédit social" chinois, par exemple, n’est que l’excroissance massive du livret scolaire, qui évite en grande partie la violence dans la surveillance et la répression, puisque les citoyens, maintenus élèves perpétuels, cherchent évidemment à "réussir" grâce aux "bons points", dans l’espoir vain pour l’immense majorité d’accéder à la caste des donneurs d’ordre : ne pas perdre de vue que l’infantilisation du plus grand nombre n’est que l’effet de l’infantilisme des anciens bons élèves qui prétendent nous gouverner.

    Ivan Illich demandait que l’on déscolarise la société (et non une société sans école !). Je demande plus modestement, en tant que citoyen de plein droit, que l’on cesse de me donner des ordres et de me noter. Je demande tout simplement, au moins dans un premier temps, que le "Restez chez vous !" devienne " Restons chez nous !". Passons tous les messages actuellement télévisés à la première personne du pluriel : "Utilisons un mouchoir à usage unique", "Gardons nos distances par solidarité réciproque", "En cas de symptômes, nous appelons le Samu..." etc. Un simple point de grammaire qui pourrait enfin commencer à donner un sens à notre devise républicaine. Prenons soin de nous ! ce qui réconcilie égoïsme nécessaire et solidarité à enjeu vital.

    Par ailleurs :

    Les sauvageries commises par la police grecque à l’égard des migrants bloqués à la frontière avec la Turquie - violences qui ne font pas oublier les lâchetés de l’Union Européenne ni le chantage ignoble du sultan - m’ont incité à écrire, en tant que descendant en ligne directe de Konstantin Kanaris (voyez Wikipédia), à la présidente grecque et à son premier ministre. À voir dans "mes textes" et dans la prochaine lettre 123.

    L’affaire ’’Matzneff" m’a incité à compléter le recueil (ci-contre) de mes textes avec un ancien article paru en 1977 dans les Cahiers Pédagogiques (’’L’Enfant et son désir") où je commentais un livre de René Schérer et Georges Lapassade... autres auteurs sulfureux rationnalisant (au sens analytique) la pédophilie, et un autre beaucoup plus récent paru dans la revue EMPAN en mars 2017 (’’Éros pédagogue’’) dans son n° 105 consacré à la question de l’amour dans le travail social.

    Enfin, il faut m’excuser du retard pris dans l’écriture et la diffusion de ma Lettre-DOCumentaire sur les droits de l’enfant : les numéros 115 à 119 sont bien dans les tuyaux... J’ai été très pris par les questions internes à l’Union départementale CLCV de Seine-Saint-Denis, problèmes heureusement réglés aujourd’hui, et autres préoccupations très ’’chronophages’’... Je reprends mon retard à rebours : c’est-à-dire que la Lettre n° 120, avec mes voeux pour 2020, a été mise en ligne, ainsi que la n° 114bis, n° supplémentaire consacré aux violences policières, et la 121. Les 115 à 119 ... bientôt j’espère ! ainsi que la 122 bien sûr. Bien cordialement !


    Ma Lettre-DOCumentaire concerne directement ou indirectement les droits de l’enfant : liens vers des documents, articles de presse, appels, publications et annonces d’événements divers diffusés sur internet.
    Si vous souhaitez la recevoir (abonnement gratuit), inscrivez-vous par simple message adressé à Lettre-DOC-at-bernard-defrance.net.
    Attention, dans cette lettre, certains liens (notamment avec des organes de presse) peuvent être périmés, et donc si le document vous intéresse, vous pouvez me le demander, peut-être l’ai-je enregistré.

    Je commence par ailleurs à archiver ici-même cette lettre : voyez colonne gauche de cette page d’accueil. L’archivage commence au 1er octobre 2012.

    Vous pouvez retrouver les archives de l’ancien site dans les rubriques à gauche : principalement tous mes articles publiés en téléchargement libre : cliquez sur les chiffres "0" ou "10" en bas de page pour accéder aux textes archivés.


    Photo : Bruno Defrance, 2000


    Pensées du mois, en vrac ...

    Comment saisir psychologiquement, socialement, la capacité d’êtres humains à jouer Bach et Schubert le soir, et à torturer d’autres êtres humains le lendemain matin ? Existe-t-il des congruités intimes entre l’humain et l’inhumain ?

    George Steiner.


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