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    Quelques réflexions d’ordre éthique sur le mariage pour tous et toutes les autres questions agitées dans les querelles actuelles

    jeudi 31 janvier 2013

    Quelques interrogations et hypothèses de réponses d’ordre éthique à propos des débats actuels sur : le mariage « gay », l’adoption, la PMA, la GPA, le don de sperme ou d’ovule, l’accouchement sous X.

    Petit préambule sur les quatre interdits fondamentaux institués au cours des sept millions d’années (environ !) de l’hominisation et qui se retrouvent aujourd’hui, même sous des formes très variées, dans toutes les cultures : 1- l’interdit de l’inceste (vertical) permet la différenciation des générations et l’institution du sujet singulier, unique, l’individu (qui ne se divise pas) ; 2- l’interdit de l’idolâtrie : un sujet n’est pas un objet, un objet n’est pas un sujet ; 3- l’interdit du parasitisme institue l’obligation à l’échange, à la coopération ; 4- l’interdit de la violence institue la loi comme outil d’articulation des libertés.

    Sur le mariage (gay ou pas) : on peut remettre en question ou du moins s’interroger sur le fait que l’État s’occupe de la manière dont des individus décident de vivre ensemble ; je serai assez volontiers pour l’abolition complète du mariage civil sous sa forme actuelle ; et en cas de nécessité de préservation des droits (pensions, patrimoine...), un contrat civil peut garantir ces droits ; que par ailleurs, certains veuillent célébrer voire consacrer leur union de quelque manière que ce soit ne pose aucun problème. Sauf que tout ceci n’est valable que s’il n’y a pas d’enfants : dès lors que le couple prend la responsabilité d’un ou plusieurs enfants (naissance, adoption), l’État a à contrôler que l’intérêt supérieur de l’enfant est respecté ; un enfant n’est pas un objet : les parents, les éducateurs (quel que soit leurs statuts, naturels, adoptants, tiers intervenants, éducateurs d’orphelinat, parrains et marraines...) prennent la responsabilité de faire croître une singularité et une liberté, radicalement nouvelles.

    L’adoption aujourd’hui peut se dérouler sous deux formes, plénière ou simple. Pourquoi faut-il abolir l’adoption plénière dans sa forme actuelle ? Parce qu’en droit elle coupe définitivement l’enfant de ses racines, de son histoire. Certes les adoptants peuvent l’en informer mais ils n’en ont pas l’obligation ; or, cette disposition – je ne parle pas ici psychologie, mais bien éthique – comporte le risque d’une rencontre incestueuse ultérieure entre l’enfant adopté et l’un de ses géniteurs biologiques qui s’ignorent l’un l’autre. L’adoption plénière (notamment en ce qui concerne l’obligation alimentaire réciproque – cf. interdit 3 ci-dessus – et les héritages) serait le choix de l’adopté devenu majeur. L’adoption simple reste bien entendu possible, quelle que soit la forme du couple adoptant, avec toutes les obligations qu’elle entraîne vis-à-vis de l’enfant (faut-il encore rappeler qu’il ne saurait y avoir un droit à l’enfant ? On a droit à des objets, des services, et un enfant, sujet de droit, n’est pas un objet, cf. l’interdit 2).

    La PMA est autorisée aux couples hétérosexuels, il n’y a donc aucune raison (d’ordre éthique, ce qui n’interdit pas des choix moraux ou religieux plus restrictifs mais qui ne sauraient s’imposer à ceux qui ne les partagent pas) de ne pas étendre cette possibilité aux couples homosexuels. Ceci à deux conditions (qui tiennent toujours aux interdits rappelés ci-dessus et notamment le 2) : que l’enfant puisse connaître ses origines, et que soit impérativement proscrit tout échange financier, sous peine de sanctions pénales. Dans le cas de célibataires ou de couples homosexuels mâles cette possibilité implique donc le recours à la GPA, et dès lors...

    ...si on veut éviter la dramatique situation d’enfants « apatrides » - la récente circulaire sur cette question est un premier pas – et la marchandisation déjà à l’œuvre (destructrice) exploitant la misère des femmes dans certains pays, il importe de légaliser et donc d’encadrer la GPA de manière tout à fait rigoureuse ; ce qui implique l’interdiction absolue de l’achat ou la vente d’enfant – ce qui est déjà le cas, prolongation de l’interdiction déjà présente dans les transferts d’organes – et la seule autorisation du don, sous peine là aussi de sanctions pénales suffisamment dissuasives.(1) Ce don est une pratique traditionnelle dans certaines cultures (par exemple en Polynésie Française !) ; la deuxième exigence est également l’information de l’enfant ; du point de vue éthique, il n’y a probablement pas de don aussi fortement généreux possible de la part d’une femme à l’égard d’une autre ou d’un couple (2)... Je ne vois aucun argument éthique qui puisse interdire à une femme de faire cadeau de l’enfant qu’elle a porté à une autre femme qui vit dans la douleur de la stérilité, ou à un couple homo ou hétéro sexué, qui ne peut avoir d’enfant.

    L’anonymat des dons de sperme et d’ovules doit évidemment être levé : il ne s’agit pas ici encore une fois de morale ou de psychologie, mais d’éthique avec l’interdit de l’inceste : aujourd’hui, celui qui a donné son sperme peut en toute ignorance réciproque rencontrer sa propre fille (ou son fils, selon ses goûts !) et cela vaut aussi pour les femmes et leur progéniture inconnue. (3)

    C’est là le même argument éthique, indiscutable me semble-t-il..., qui aurait dû depuis longtemps faire interdire absolument (sous réserves de toutes les préconisations nécessaires pour les femmes en détresse) l’accouchement sous X ou l’abandon anonyme d’enfants (le « tour » en vigueur en Allemagne et en Hongrie... et traditionnel dans les institutions de l’église catholique pendant des siècles) : là aussi, le risque de rencontres incestueuses est réel... Et s’il faut évoquer la psychologie, imaginons les résultats en cas de découverte fortuite des origines... !

    Faut-il, in fine, rappeler à ceux qui, dans les querelles actuelles, brandissent certains slogans (« un enfant, un papa, une maman ») qu’aujourd’hui la loi permet à un homme, père, de ne pas reconnaître son enfant et à une femme, mère, de l’abandonner définitivement ? Vont-ils préconiser les obligations légales qu’implique leur slogan ? C’est précisément parce que l’enfant a droit à la connaissance de ses origines (mâle et femelle) et à une éducation respectueuse de sa liberté que toutes les préconisations ci-dessus (trop) rapidement évoquées devraient entrer en vigueur. Mais la discussion reste ouverte bien sûr...

    Bernard Defrance, philosophe.

    (1) Comme pour toute loi qui interdit un acte, on prévoit les punitions en cas de transgression : il paraît que le coût d’une GPA, en Ukraine, est de 25 000 euros pour les adoptants, aux USA, par le biais d’agences spécialisées, de 20 000 dollars... ; on peut parfaitement, tout en reconnaissant à l’enfant le droit d’être élevé par ses « parents » (l’un biologique, l’autre adoptant ou les deux adoptants) dans leur nationalité, disposer dans notre code pénal qu’au retour en France l’amende représente, par exemple, dix fois le coût du bébé... Cela serait-il suffisamment dissuasif ?

    (2) Françoise Héritier, contre la GPA « pour une raison fondamentale, de principe et cette objection concerne aussi bien la GPA pour les couples hétéro qu’homosexués. Elle ne touche d’ailleurs que la GPA marchande : le don altruiste doit toujours être possible et pourrait être reconnu dans la loi française qui interdit la commercialisation du corps humain et de ses organes. Il nous faut réfléchir dans ce cadre, qui est sain. » entretien du 4 février 2013 dans l’hebdomadaire Marianne.

    (3) Improbable scénario d’un mauvais film : le « vieux beau » - mettons la cinquantaine – drague la belle jeune femme – mettons la trentaine - un soir en boîte, et, contre toute attente, cette rencontre se transforme en amour véritable, mariage et enfants ; jusqu’au soir du dixième anniversaire du mariage où, quelques coupes de champagne aidant, la jeune femme, à laquelle sa mère n’avait rien caché de ses origines, raconte avoir été conçue par don de sperme (les caractéristiques du donneur anonyme ayant été choisies sur catalogue...) ; flash-back quarante ans ans plus tôt : le mari, jeune et bel étudiant de vingt ans va régulièrement donner son sperme pour payer une partie de ses frais d’études... Calculs, doutes, cauchemars, enquêtes : à quelle agence la mère s’était-elle adressée ? Quel était le profil sur ce catalogue ? Etc. On peut imaginer n’importe quelle conclusion à ce mauvais film, mais la happy end est improbable... On peut noter au passage que, dans La République, les enfants étant dès le sevrage enlevés à leurs parents et élevés par l’État, pour éviter précisément le risque d’inceste et la tragique histoire d’Œdipe, Platon interdisait aussi toute relation sexuelle entre homme et femme dont l’écart d’âge était supérieur du degré où l’un des partenaires pourrait sans le savoir avoir un lien de filiation avec l’autre. Mais aujourd’hui nous ne songerions pas à interdire à Harold et Maude de se rencontrer...



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