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Cette histoire s’est déroulée pendant les dernières vacances d’été, c’est-à-dire en juillet-août 1999. J’étais à Karikal, un ancien comptoir français en Inde, chez la cousine de ma mère. Elle habite une rue assez calme, que j’aime bien, et dans cette même rue à côté habite aussi mon grand-oncle, assez vieux, qui vit avec sa femme, son fils de trente ans et ses quatre servantes. En effet, en Inde, les familles fortunées ont toujours plusieurs servantes, qui ont généralement entre 10 et 18 ans, qui le sont avec l’accord de leurs familles bien sûr, qui sont bien traitées et font partie intégrante de la vie de famille.

Je séjournais depuis un mois et un soir j’ai remarqué quelque chose d’anormal chez mon grand-oncle : d’habitude, même à cette heure tardive, on entend les servantes parler et rire entre elles, et mon grand-oncle, ma grand-tante et leur fils discuter sur le pas de la porte. Or, ce soir-là, ce n’était pas le cas, ils étaient assis, muets, et on n’entendait pas les servantes. Je suis alors allé demander à ma grand-tante ce qui se passait : elle m’a répondu que la petite sœur d’une des servantes venait de mourir d’un cancer…

J’ai voulu manifester ma sympathie et comme il y avait de la lumière dans la chambre des servantes, j’y suis allé : elles étaient assises, pleurant. Je me suis assis par terre, muet, je ne pouvais rien faire. Elles pleuraient la petite sœur morte. L’une d’entre elles, reprenant ses esprits, s’est levé pour m’apporter une chaise. En effet, le rôle des servantes n’est pas seulement de s’occuper de la maison et de ses habitants mais aussi des hôtes. Mais je n’ai pas voulu : je ne voulais pas être considéré comme " supérieur ", puisque je ne le suis pas. Puis j’ai interrogé doucement celle dont la petite sœur était morte, je lui ai demandé dans quelles circonstances sa sœur était morte. Elle avait huit ans, était atteinte de ce cancer, et à l’hôpital ils ne pouvaient rien faire d’autre que de la garder en attendant que la mort la délivre. En Inde en effet, les soins sont énormément coûteux, et il n’y a pratiquement pas de soins du tout contre le cancer.

C’est ainsi que s’achève cette histoire… Mais je ne dois pas m’arrêter ici. J’ai compris immédiatement, ce soir-là, que rien ne pouvait aller dans ce monde : même si on trouvait des remèdes efficaces, seuls les pays riches pourraient en profiter, à cause du prix, et les pauvres continueraient à mourir. Depuis ce jour, je déteste l’argent quand il ne sert qu’à faire des hommes de plus en plus riches, des pauvres de plus en plus pauvres qui, par conséquent, souffrent.

Je me rends compte que nous vivons ici comme des rois par rapport à ceux qui souffrent de la guerre, de la pauvreté, du racisme et autres malheurs qui font du monde un enfer pour certains. Nous, nous vivons bien tranquilles. Même si c'est un peu difficile parfois, nous sommes quand même gâtés par la vie. C’est pourquoi je n’ai jamais compris qu’ici certains veulent mettre fin à leur vie alors qu’ils ont " tout ", pendant que d’autres qui vivent dans la guerre ou la misère font tout pour survivre, même si leurs chances de survie sont infimes. J’en conclus que la vie est un cadeau que certains ne savent pas apprécier, qu’ils n’ont pas compris ce que signifie " vivre " au sens propre du terme. Et ceux qui ne vivent que pour eux-mêmes, pour l’argent ou le pouvoir, il en existe beaucoup trop, et eux non plus ne comprennent pas le sens de la vie.

Chafique Abibouraguimane, classe de terminale S, lycée Maurice Utrillo, mars 2000.


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